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Rayonnement ionisant


Rayonnement ionisant : encyclopédie physique

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Pouvoir de pĂ©nĂ©tration (exposition externe). Le rayonnement alpha (constituĂ© de noyaux d'hĂ©lium) est simplement arrĂŞtĂ© par une feuille de papier. Le rayonnement bĂŞta (constituĂ© d'Ă©lectrons ou de positrons) est arrĂŞtĂ© par une plaque d'aluminium. Le rayonnement gamma (constituĂ© de photons très Ă©nergĂ©tiques) est attĂ©nuĂ© (et non stoppĂ©) quand il pĂ©nètre de la matière dense, ce qui le rend particulièrement dangereux pour les organismes vivants. Il existe d'autres types de rayonnements ionisants ; ces trois formes sont souvent associĂ©es Ă  la radioactivitĂ©.
Nouveau pictogramme de risque contre les rayonnements ionisants, transfĂ©rĂ© le 15 fĂ©vrier 2007 par l'AIEA Ă  ISO. Il doit remplacer le pictogramme jaune classique, uniquement « dans certaines circonstances, spĂ©cifiques et limitĂ©es Â».

Un rayonnement ionisant est un rayonnement qui produit des ionisations dans la matière qu'il traverse. Ces rayonnements ionisants, lorsqu'ils sont maîtrisés, ont beaucoup d'usages pratiques bénéfiques (domaines de la santé, industrie…), mais pour les organismes vivants, ils sont potentiellement nuisibles à la longue et mortels en cas de dose élevée. Les rayons ionisants sont de natures et de sources variées, et leurs propriétés dépendent en particulier de la nature des particules constitutives du rayonnement ainsi que de leur énergie.

Sommaire

[modifier] Les rayonnements

L’Homme est exposé aux rayonnements depuis son apparition sur Terre. Il est, par exemple, exposé aux rayonnements solaires, c’est-à-dire à la lumière visible provenant du Soleil, laquelle s’accompagne de rayonnements invisibles connus sous le nom de rayonnements ultraviolets et infrarouges. Ces rayonnements sont des ondes électromagnétiques comme le sont aussi les ondes radio, les rayons X et les rayons gamma.

L’Homme est également exposé à d’autres rayonnements invisibles qui proviennent de l’espace et du Soleil, connus sous le nom de rayonnement cosmique. Ces rayonnements de très grande énergie (ondes et particules) sont capables de traverser d’épaisses couches de roches.

Les Ă©lĂ©ments radioactifs prĂ©sents dans notre environnement Ă©mettent, lors de leurs « dĂ©sintĂ©grations Â», des rayonnements alpha, bĂŞta et gamma. Les rayonnements gamma (Îł) sont des ondes Ă©lectromagnĂ©tiques tandis que les rayonnements alpha et bĂŞta sont des particules (la particule α est constituĂ©e d'un noyau d’hĂ©lium ; la particule bĂŞta est constituĂ©e d'un Ă©lectron (β-) ou d'un positron (β+)).

L’activité d’un matériau radioactif est le nombre de désintégrations qui se produisent dans ce matériau par unité de temps. L'unité légale est le becquerel (Bq).

Parmi les rayonnements particulaires, existent aussi les neutrons.

Les particules α et β, chargĂ©es Ă©lectriquement, sont directement ionisantes ; les rayons Îł et les neutrons sont indirectement ionisants.

[modifier] Écriture et prononciation des sources radioactives

Les sources radioactives, qui produisent donc des rayonnements ionisants, sont des isotopes particuliers d'Ă©lĂ©ments chimiques. Pour distinguer un isotope particulier des autres isotopes, on indique le nombre de masse [nombre de particules (protons et neutrons) dans le noyau] avant le nom de l'Ă©lĂ©ment, en exposant ; par contre, lorsque l'on parle, on indique le nom de l'Ă©lĂ©ment puis le nombre de masse.

Exemples :

  • 241Am : amĂ©ricium deux cent quarante-et-un ;
  • 14C : carbone quatorze ;
  • 252Cf : californium deux cent cinquante-deux ;
  • 60Co : cobalt soixante ;
  • 137Cs : cĂ©sium cent trente-sept ;
  • 3H : tritium (le terme « hydrogène trois Â» n'est pas utilisĂ©) ;
  • 131I : iode cent trente-et-un ;
  • 192Ir : iridium cent quatre-vingt douze ;
  • 40K : potassium quarante ;
  • 224Ra : radium deux cent vingt-quatre ; 226Ra : radium deux cent vingt-six ;
  • 220Rn : radon deux cent vingt ; 222Rn : radon deux cent vingt-deux ;
  • 90Sr : strontium quatre-vingt dix ;
  • 99mTc : technĂ©tium quatre-vingt dix-neuf m (mĂ©tastable) ;
  • 235U : uranium deux cent trente-cinq ; 238U : uranium deux cent trente-huit.

[modifier] Les différents rayonnements ionisants

Les rayonnements les plus énergétiques transfèrent assez d’énergie aux électrons de la matière pour les arracher de leur atome. Les atomes ainsi privés de certains de leurs électrons sont alors chargés positivement. Les atomes voisins qui accueillent les électrons se chargent négativement.

Les atomes chargés positivement ou négativement sont appelés ions. Les atomes qui ont perdu au moins un électron sont devenus des ions positifs (cations), tandis que les atomes qui ont reçu au moins un électron sont devenus des ions négatifs (anions).
Les rayonnements capables de provoquer de telles réactions sont dits ionisants.

Les rayonnements ionisants regroupent :

  • les rayonnements d'origine cosmique ;
  • les ondes les plus Ă©nergĂ©tiques du spectre Ă©lectromagnĂ©tique :
    • les rayons X : produits par des gĂ©nĂ©rateurs dans lesquels un faisceau d’électrons est envoyĂ© sur une cible mĂ©tallique. Il existe deux origines de rayonnements X :
  • les Ă©lectrons incidents, en interagissant avec le champ coulombien du noyau des atomes sont dĂ©viĂ©s et freinĂ©s, ce qui provoque un rayonnement de spectre continu dĂ©crit sous le nom d'effet Bremsstrahlung ;
  • suite au bombardement de la cible par les Ă©lectrons incidents, celle-ci Ă©jecte des Ă©lectrons venant des couches internes. Les Ă©lectrons des couches supĂ©rieures y retombent, provoquant un rayonnement suivant des raies discrètes dont la frĂ©quence est liĂ©e Ă  la nature de la cible ;
  • les rayons gamma sont Ă©mis par des atomes radioactifs lors de leur dĂ©sintĂ©gration ;
  • les rayonnements alpha, bĂŞta moins (β-) et bĂŞta plus (β+) (particules Ă©mises par des atomes radioactifs lors de leur dĂ©sintĂ©gration) ;
  • les neutrons ne sont pas des rayonnements directement ionisants, mais puisqu'ils induisent des rayonnements ionisants par les particules secondaires créées lors de leurs interactions avec la matière, ils sont classĂ©s parmi les rayonnements ionisants.

Les autres rayonnements sont appelĂ©s rayonnements non ionisants et comprennent les ondes Ă©lectromagnĂ©tiques les moins Ă©nergĂ©tiques : la limite se situe au niveau de la bande la plus Ă©nergĂ©tique de l'ultraviolet.

[modifier] Pouvoir de pénétration des rayonnements ionisants

Par leur énergie, les rayonnements ionisants sont pénétrants, c’est-à-dire qu’ils peuvent traverser la matière. Le pouvoir de pénétration dépend du type de rayonnement et du pouvoir d'arrêt de la matière. Cela définit des épaisseurs différentes de matériaux pour s'en protéger, si nécessaire et si possible.

[modifier] Particules alpha : noyaux de l'4He

PĂ©nĂ©tration faible. Les particules alpha sont Ă©mises Ă  une vitesse avoisinant les 20 000 km/s. Cependant Ă©tant lourdes et chargĂ©es Ă©lectriquement, elles sont arrĂŞtĂ©es très facilement et rapidement par les champs Ă©lectromagnĂ©tiques et les atomes composant la matière environnante. Une simple feuille de papier suffit Ă  arrĂŞter ces particules.

[modifier] Particules bĂŞta moins : Ă©lectrons

Pénétration moyenne. Les particules bêta moins sont des électrons. Ces derniers sont émis avec des énergies allant de quelques keV à quelques MeV. Ils peuvent donc atteindre des vitesses élevées souvent relativistes (d'énergie supérieure à 200 keV et de vitesse proche de c). Cependant, chargés électriquement, ils vont être arrêtés par la matière et les champs électromagnétiques environnants. Une feuille d’aluminium de quelques millimètres peut arrêter les électrons. Un écran d'un centimètre de plexiglas arrête toutes les particules bêta d'énergie inférieure à 2 MeV.

[modifier] Particules bĂŞta plus : positrons

La pénétration est semblable à celle des électrons. Mais à la fin de son parcours, un positron s’annihile avec un électron rencontré sur son passage en formant deux photons gamma, ce qui ramène le problème au cas du rayonnement gamma.

[modifier] Rayonnements X et gamma

Pénétration très grande, fonction de l’énergie du rayonnement et de la nature du milieu traversé.
Chaque matĂ©riau est ainsi caractĂ©risĂ© par une couche de demi-attĂ©nuation qui dĂ©pend de sa nature, du type de rayonnement et de l'Ă©nergie du rayonnement. La couche de demi-attĂ©nuation (ou Ă©paisseur moitiĂ©) est l'Ă©paisseur nĂ©cessaire pour rĂ©duire de moitiĂ© la valeur du dĂ©bit de dose de rayonnements X ou gamma. On dĂ©finit selon le mĂŞme principe une Ă©paisseur dixième, qui ne laisse passer que 10 % du dĂ©bit de dose ; par exemple, en radioprotection, un Ă©cran dixième en plomb (matière très utilisĂ©e car très efficace) a une Ă©paisseur de 50 mm.

Au-delĂ  de la dizaine de keV, l'air n'a plus d'absorption significative des rayonnements X et gamma. Le plomb est gĂ©nĂ©ralement utilisĂ© comme Ă©lĂ©ment de radio-protection dans le domaine mĂ©dical. En effet, il a une Ă©paisseur de demi-absorption de l'ordre de 100 µm Ă  100 keV. Une Ă©paisseur de 1 mm de plomb rĂ©duit la dose d'un rayonnement X de 100 keV d'un facteur 1 000. L'Ă©paisseur de demi-absorption du plomb passe nĂ©anmoins Ă  1 mm vers 250 keV, ce qui signifie qu'une Ă©paisseur de 10 mm de plomb serait alors nĂ©cessaire pour rĂ©duire la dose d'un facteur Ă©quivalent. En consĂ©quence, dans les environnements industriels, oĂą l'Ă©nergie peut parfois atteindre plusieurs MeV, on utilise des murs en bĂ©ton (moins absorbants que le plomb, mais pratiquement plus Ă©pais) dans le contexte de la radioprotection. Dans certains cas, ceux-ci sont mĂŞme baritĂ©s (ajout d'une charge très dense) pour en augmenter l'efficacitĂ©.

Ă€ Ă©paisseur d'Ă©cran identique, le rayonnement gamma est attĂ©nuĂ© par : le plomb, l'acier, le bĂ©ton, l’eau (par ordre d'efficacitĂ© dĂ©croissante).

[modifier] Neutrons

Le neutron n'étant pas chargé, il ne produit pas d'ionisations en traversant la matière. Les neutrons libres ne forment donc pas un rayonnement ionisant, mais en provoquant des fissions nucléaires, ils peuvent générer des rayonnements ionisants.

Les neutrons libres sont surtout prĂ©sents dans les rĂ©acteurs nuclĂ©aires ; ils sont Ă©mis, par exemple, lors de la fission d’atomes d’uranium 235. Ils sont indirectement ionisants car c’est leur capture par les noyaux ou leur interaction avec ceux-ci qui gĂ©nère des rayonnements gamma et/ou diverses particules. Les neutrons sont aussi prĂ©sents aux altitudes de vol des avions long-courrier et subsoniques : ils participent Ă  30 % de la dose reçue par le personnel naviguant.

Pénétration dépendante de leur énergie.
Le bore et le cadmium, neutrophages, absorbent (capturent) les neutrons.
Une forte épaisseur d’eau ou de paraffine modère (réduit la vitesse) les neutrons.

[modifier] La dose absorbée traduit l'énergie absorbée par la matière

Lorsqu’un rayonnement pénètre la matière, il interagit avec elle et lui transfère de l’énergie. La dose absorbée par la matière caractérise ce transfert d’énergie. L’unité de dose absorbée par la matière est le Gray (Gy) qui est équivalent à un Joule absorbé par kilogramme de matière.

[modifier] Les manifestations cliniques des lésions

Article dĂ©taillĂ© : Irradiation.

[modifier] L'exposition de l'Homme aux rayonnements

Pour apprécier à leur juste valeur les risques liés aux rayonnements ionisants, il est nécessaire de regarder l’exposition naturelle de l’homme, à laquelle il a toujours été soumis. Tous les organismes vivants y sont adaptés et semblent capables de corriger, jusqu’à un certain degré, les dégâts dus à l’irradiation.

En France, l’exposition annuelle de l’homme aux rayonnements ionisants est d’environ 2 mSv. En plus de cette radioactivité naturelle, nous sommes exposés à des rayonnements provenant de sources artificielles. Ces rayonnements sont du même type que ceux émis par des sources naturelles et leurs effets sur de la matière vivante sont, à dose égale, identiques. Ce sont essentiellement les radiographies médicales ou dentaires.

Seulement 1,5 % provient d’autres sources comme les retombĂ©es des essais aĂ©riens des armes nuclĂ©aires et les retombĂ©es de la catastrophe de Tchernobyl, mais leur effet peut-ĂŞtre très aggravĂ© lorsque la contamination est interne, suite Ă  l'absorption de radionuclĂ©ides dans les aliments.

[modifier] Les modes d'exposition aux rayonnements

Effets de l'irradiation interne ou externe par des rayons alpha, bĂŞta et gamma

Selon la manière dont les rayonnements atteignent l’organisme, on distingue deux modes d’exposition : externe ou interne.

  • L’exposition externe de l’homme aux rayonnements provoque une irradiation externe. Elle a lieu lorsque celui-ci se trouve exposĂ© Ă  des sources de rayonnements qui lui sont extĂ©rieures (substances radioactives sous forme de nuage ou de dĂ©pĂ´t sur le sol, sources Ă  usage industriel ou mĂ©dical...).

L’exposition externe peut concerner tout l’organisme ou une partie seulement de celui-ci. Elle cesse dès que l’on n’est plus sur la trajectoire des rayonnements (cas par exemple d’une radiographie du thorax).

  • L’exposition interne (contamination interne) est possible lorsque des substances radioactives se trouvent Ă  l’intĂ©rieur de l’organisme. Celles-ci provoquent une irradiation interne. Elles ont pu pĂ©nĂ©trer par inhalation, par ingestion, par une plaie ou par voie transcutanĂ©e, et se distribuent ensuite dans l’organisme. On parle alors de contamination interne. Celle-ci ne cesse que lorsque les substances radioactives ont disparu de l’organisme après un temps plus ou moins long par Ă©limination naturelle, dĂ©croissance radioactive, et/ou traitement.

Une rĂ©glementation a dĂ©fini depuis 2006 plusieurs modes d'exposition :

  • exposition externe sans contact (Ă  distance) : irradiation ;
  • exposition externe avec contact : contamination externe ;
  • exposition interne : contamination interne.

La contamination peut être surfacique, ou volumique (atmosphérique).

Voir aussi Irradiation et Contamination radioactive.

Valeurs de quelques pĂ©riodes radioactives :

  • iode 131 (131I) : 8 jours ;
  • carbone 14 (14C) : 5 700 ans ;
  • potassium 40 (40K) : 1,3 milliard d’annĂ©es.

Tous les radioisotopes ne sont pas éliminés naturellement (urines...) à la même vitesse. Certains peuvent s’accumuler dans des organes spécifiques (os, foie...) avant d’être évacués du corps.

Pour chacun des éléments radioactifs, on définit, en plus de sa période radioactive, une période biologique.

[modifier] L'exposition naturelle

Il n'y pas de conséquence sanitaire au rayonnement naturel. Il y aurait peut-être même au contraire des effets bénéfiques aux faibles doses d'irradiation. En effet, dans certaines régions du monde (Ramsar (Iran), Kerala (Inde)), les doses reçues par les habitants dépassent 240 fois les doses généralement conseillées par les normes internationales. De plus, ces populations ne sont pas plus affectées que celles des régions avoisinantes, et il semble avoir plutôt un effet positif[1].

Les rayonnements ionisants que nous recevons de sources naturelles ont des origines diverses et se rĂ©partissent en trois principaux types :

[modifier] Les rayonnements cosmiques

On appelle rayonnement cosmique un flux de particules (principalement des protons) dotées d’une énergie très élevée, de l’ordre du GeV. Il est d’origine solaire ou galactique. Ces protons de haute énergie entrent en collision avec les noyaux des atomes de l’atmosphère et créent des fragments eux-mêmes dotés d’une énergie élevée (protons, neutrons, muons, neutrinos, mésons, etc.).

Le débit d’équivalent de dose dû aux rayonnements cosmiques est en moyenne de 0,3 mSv/an au niveau de la mer. Mais il varie considérablement en fonction de l’altitude et de la latitude (voir le tableau ci-dessous).

Variation du débit d’équivalent de dose absorbée (mSv/an) en fonction de l’altitude et de la latitude
Altitude (km)
0° (équateur)
30°
50°
0
0,35
0,4
0,5
1
0,60
0,7
0,9
2
1,0
1,3
1,7
3
1,7
2,2
3,0
4
2,6
3,6
5,0
5
4,0
5,8
8,0
10
14,0
23,0
45,0
15
30,0
50,0
110,0
20
35,0
60,0
140,0

Cela a pour conséquence que certaines populations subissent une exposition plus importante que la moyenne. Le tableau ci-dessous donne les équivalents de dose reçus par les populations de villes situées en altitude.

Débit d’équivalent de dose des rayonnements cosmiques dans des régions de haute altitude
Ville
Altitude (m)
Latitude (°)
DDDE (mSv/an)
Population (hab)
La Paz (Bolivie)
3 630
16° S
2,7
320 000
Quito (Équateur)
2 850
0°S
1,6
213 000
Bogotá (Colombie)
2 640
4° N
1,5
325 000
Cerro de Pasco (Pérou)
4 259
10°S
3,3
20 000
Lhassa (Tibet)
3 684
30° N
3,1
20 000

[modifier] Les éléments radioactifs contenus dans le sol

Nous sommes exposés aux rayonnements dus aux radioéléments présents dans la croûte terrestre. Il existe une cinquantaine de radioéléments naturels dont la plupart font partie des 3 familles naturelles du thorium, de l’uranium et de l’actinium.

C’est le thorium qui existe en quantité la plus importante (10 ppm en moyenne). On trouve ensuite l’uranium (2 à 3 ppm), puis l’actinium.

Un autre radioĂ©lĂ©ment contribue de façon notable : le potassium 40 (40K), isotope naturel du potassium (0,01167 %). Sa concentration est de l’ordre de 100 Ă  1 000 Bq/kg de sol.

Le débit de dose radioactive absorbée moyen dû à l’ensemble de ces isotopes est d’environ 0,3 mSv/an en France. Il varie cependant largement en fonction de la composition du sol. L’équivalent de dose reçu en Bretagne ou les Vosges est de 2 à 3 fois supérieur à celui reçu dans le Bassin parisien. Dans certaines régions, comme l’État de Kerala sur la côte Sud-Ouest de l’Inde, il atteint même 30 mSv/an.

La chaleur interne de la Terre provient, selon une proportion d'environ 80 %, de celle produite par la radioactivitĂ© naturelle du sol. Voir l'article GĂ©othermie.

[modifier] Les éléments radioactifs naturels absorbés par inhalation ou ingestion

Des émanations gazeuses de certains produits issus de la désintégration de l’uranium contenu dans le sol tels que le radon, ou le potassium des aliments dont nous retenons une partie dans notre organisme (élément dont nous maintenons en permanence un stock d'environ 165 g par personne), provoquent chez chacun d’entre nous, en moyenne, une irradiation de 1,55 mSv par an. La principale source d’irradiation naturelle est le 222Rn, gaz naturel radioactif. Elle représente environ un tiers de l’irradiation reçue et augmente dans les régions granitiques.

Toutes les familles naturelles ont dans leur chaĂ®ne de dĂ©sintĂ©gration un isotope du radon (222Rn engendrĂ© par le 226Ra, et le 220Rn appelĂ© Ă©galement thoron, engendrĂ© par le 224Ra). Ces gaz Ă©manent du sol, des eaux et des matĂ©riaux de construction. Les valeurs moyennes des concentrations ont Ă©tĂ© Ă©valuĂ©es Ă  2 Bq/m3 en plein air et 20 Bq/m3 dans les habitations pour le plus important d’entre eux : le 222Rn. Ces gaz et leurs descendants solides irradient les poumons.

Le potassium Ă©tant un Ă©lĂ©ment important de notre constitution et vital au bon fonctionnement de nos cellules (environ 165 g par personne), l’isotope 40K de cet Ă©lĂ©ment contribue Ă  une activitĂ© intĂ©rieure constante d'environ 5 000 Bq, auxquels viennent s'ajouter une part similaire due Ă  l'activitĂ© de l'ensemble des autres isotopes instables de notre corps.

Exemple : radioactivitĂ© de diffĂ©rents milieux naturels

  • Eau de pluie : 0,3 Ă  1 Bq/L
  • Eau de rivière : 0,07 Bq/L (226Ra et descendants) ; 0,07 Bq/L (40K) ; 11 Bq/L (ÂłH)
  • Eau de mer : 14 Bq/L (40K essentiellement)
  • Eau minĂ©rale : 1 Ă  2 Bq/L (226Ra, 222Rn)
  • Lait : 60 Bq/L
  • Sol sĂ©dimentaire : 400 Bq/kg
  • Sol granitique : 8 000 Bq/kg
  • Corps humain : 8 000 Ă  10 000 Bq (dont 5 000 dus au 40K).

Le tableau suivant résume la contribution des diverses composantes de la radioactivité naturelle. Il faut toutefois se souvenir que ce sont des valeurs moyennes susceptibles de variations importantes en fonction de l’altitude, de la latitude et de la composition du sous-sol.

Source naturelle Exposition (mSv/an)
Rayonnement cosmique
0,3
Rayonnement tellurique
0,32
Isotopes cosmiques
0,01
40K
0,17
222Rn + descendants
0,55
220Rn + descendants
0,15
Divers
0,06
Total
1,56

[modifier] L'exposition artificielle

Pour chaque habitant, l’exposition annuelle moyenne aux sources artificielles d’irradiation est d’environ 1 mSv. Celles-ci sont principalement les irradiations médicales et les applications industrielles des rayonnements.

Les centrales nucléaires, les usines de traitement du combustible nucléaire usé, les retombées des anciens essais nucléaires atmosphériques et de la catastrophe de Tchernobyl, etc., exposent chaque homme en moyenne à 0,002 mSv par an.

[modifier] Les irradiations médicales

Il s’agit principalement des radiographies médicales et dentaires qui provoquent une irradiation externe proche de 1 mSv par an (moyenne en France).

L’essor du radiodiagnostic a Ă©tĂ© un des facteurs essentiels du progrès mĂ©dical au cours du XXe siècle. Les Ă©quivalents de dose dĂ©livrĂ©s par les diffĂ©rents types d’examens varient considĂ©rablement en fonction de la profondeur des organes Ă©tudiĂ©s et de la dimension du segment de l’organisme concernĂ©. Ă€ cĂ´tĂ© des appareils classiques, sont apparus progressivement des appareils plus perfectionnĂ©s (« scanners Â») qui, associĂ©s Ă  des ordinateurs, permettent de rĂ©aliser des images en coupe (tomographies) de l’organisme.

Doses délivrées lors des examens les plus courants en radiodiagnostic
Examen médical Dose (mGy)
Radiographie pulmonaire
0,7
Radiographie du crâne
2
Radiographie de l’abdomen
3
Scanner du crâne
27
Urographie
20
Scanner du corps entier
160
Transit œsogastroduodénal
90


La radiothérapie externe est un des traitements de base des cancers. On utilise généralement des rayonnements de haute énergie émis par des sources de cobalt radioactif 60Co ou par des accélérateurs de particules. Dans certains traitements dits de curiethérapie, un corps radioactif est placé, soit au contact immédiat des tissus à irradier, soit implanté sous forme d’aiguilles radioactives (iridium, césium). Les doses classiquement administrées sont élevées (40 à 80 Gy) et espacées dans le temps pour permettre aux tissus sains de se régénérer. Les techniques d'implantation définitive de grains radioactifs (iode, palladium) sont en expansion.

La médecine nucléaire utilise des isotopes radioactifs pour l’exploration de l’organisme humain. Elle consiste à injecter un isotope radioactif qui se fixe dans la partie à explorer et de réaliser une image à l’aide d’une caméra à scintillation (scintigraphie).

Les isotopes utilisés sont l'iode 131 (131I) pour l’exploration fonctionnelle de la thyroïde et surtout le technétium 99m (99mTc) dont l’intérêt est sa courte période radioactive (T = 6,02 h) ce qui minimise les équivalents de dose administrés. Il peut être obtenu à partir de molybdène 99mMo par un appareil à élution.

L'exploration fonctionnelle d'organes tels que le cerveau utilise la tomographie Ă  Ă©mission de positons. L'isotope utilisĂ© est souvent le 18F, (de pĂ©riode 2 h) injectĂ© sous une forme liĂ©e Ă  un sucre : l'activitĂ© cĂ©rĂ©brale consomme du glucose et les zones les plus actives lors d'une tâche cognitive seront visualisĂ©es par une gamma-camĂ©ra.

Équivalents de dose après injection de 99mTc pour différentes explorations
Exploration Équivalent de dose (mSv/mCi[pas clair])
Vessie
0,85
Estomac
0,51
Intestin
2,3
ThyroĂŻde
1,3
Ovaires
0,3
Testicules
0,09
Moelle osseuse
0,17
Corps entier
0,11

[modifier] Les méthodes de mesure industrielles

Du fait de leur forte profondeur de pénétration et de leurs interactions avec la matière, les rayonnements ionisants sont utilisés pour effectuer des mesures.

Gammagraphie
Cette technique de radiographie industrielle utilise une source de rayonnements gamma. Elle consiste à placer la pièce à radiographier entre la source de rayonnements et un film photographique contenu dans une cassette souple ou rigide. Après un temps d’exposition dépendant de la nature et de l’épaisseur du matériau radiographié, le film est développé et révèle les défauts existant éventuellement à l’intérieur de la pièce. Les domaines d’utilisation sont nombreux (chaudronnerie, fonderie, industrie du pétrole, construction navale et aéronautique).
RadioĂ©lĂ©ments utilisĂ©s :
  • 60Co : Ă©metteur gamma d’énergies de 1,17 et 1,33 MeV (15 % des appareils) ;
  • 192Ir : Ă©metteur gamma d’énergies comprises entre 200 et 600 keV (80 % des appareils).
Types d’appareils :
  • les appareils portatifs sont les plus rĂ©pandus. Ils contiennent des sources de 2 Ă  5 TBq de 192Ir. Ils ont Ă©tĂ© Ă  l’origine de plusieurs accidents (blocage de la source en position d’irradiation, perte de la source) ;
  • les appareils fixes Ă©quipĂ©s de source de 60Co de plusieurs centaines de TBq sont rĂ©servĂ©s au contrĂ´le de fortes Ă©paisseurs. Ils sont gĂ©nĂ©ralement installĂ©s dans des casemates de tir.
Radiographie X
Son principe est le même que pour la gammagraphie, la source de photons étant remplacée par un générateur de rayons X. Les différences de potentiel utilisées vont de 20 keV à plusieurs MeV. Ce type de technologie est par exemple utilisé pour l'inspection des bagages dans les aéroports.
Neutrographie
Elle peut être effectuée grâce à un faisceau neutronique issu d’un réacteur, d'un accélérateur d'ions ou d’une source de 252Cf (émetteur de neutrons). Elle est utilisée pour le contrôle des matériaux hydrogénés.
Spectrométrie et diffractométrie
Voir les articles Spectrométrie de fluorescence X et Diffractométrie de rayons X.
Jauges
Le principe des jauges est basé sur la loi de l’atténuation des rayonnements (loi de Beer-Lambert).
On distingue :
  • jauges de niveau : elles indiquent la prĂ©sence ou l’absence de matĂ©riau sur le trajet horizontal du faisceau (source et dĂ©tecteur placĂ© de part et d’autre du matĂ©riau). Les sources utilisĂ©es sont des Ă©metteurs bĂŞta ou gamma selon l’épaisseur et la densitĂ© du matĂ©riau Ă  mesurer. Elles sont utilisĂ©es pour le contrĂ´le des rĂ©servoirs de liquides, des silos (sable, grains, ciment, etc.) ;
  • jauges d’épaisseur : si le matĂ©riau est de densitĂ© constante, l’intensitĂ© du signal reçu par le dĂ©tecteur sera fonction de l’épaisseur de celui-ci. Elles sont utilisĂ©es pour la mesure en continu de produits en feuilles : papiers, tissus, caoutchouc, etc.
Applications reposant sur le principe d’ionisation des gaz
  • Élimination de l’électricitĂ© statique : l’utilisation de sources de 241Am (Ă©metteur gamma), sous forme de rubans placĂ©s en fin de machines de production de papiers, plastiques, textiles synthĂ©tiques, etc. Ă  quelques millimètres du matĂ©riau permet en rendant l’air avoisinant conducteur, de supprimer l’accumulation d’électricitĂ© statique.
  • DĂ©tecteur de fumĂ©e : deux chambres d’ionisation sont disposĂ©es en sĂ©rie : l’une servant de tĂ©moin, l’autre, grillagĂ©e, en contact avec l’air ambiant. Dans chacune de ces chambres, une petite source de quelques kBq de 241Am donne naissance Ă  un courant constant. Si des particules de fumĂ©e pĂ©nètrent dans la chambre ouverte, elles entraĂ®nent une variation du courant qui dĂ©clenche un signal d’alarme. On dĂ©nombre en France 3 millions et demi de dĂ©tecteurs de fumĂ©e basĂ©s sur ce principe.
  • Traceurs radioactifs industriels : le principe du traçage est le marquage de quelques individus d’une population ; il permet l’étude du comportement global de cette population. Les traceurs radioactifs sont particulièrement performants car ils marquent l’entitĂ© Ă©lĂ©mentaire qu’est l’atome et permettent une dĂ©tection facile.
Exemples d'utilisation :
  • marquage d’un liquide ou d’un gaz par un Ă©metteur gamma permettant la recherche de fuites sur des canalisations ;
  • marquage d’une pièce de moteur permettant grâce Ă  la mesure de la radioactivitĂ© de l’huile de graissage d’évaluer l’usure des constituants.

[modifier] Destruction de germes par irradiation

Radioconservation des denrées alimentaires

Actuellement en plein essor, la radioconservation des denrĂ©es alimentaires utilise le rayonnement gamma du 60Co ou des Ă©lectrons accĂ©lĂ©rĂ©s. Elle n’induit aucune radioactivitĂ© au sein des aliments. Elle a pour effet :

  • augmentation de la durĂ©e de conservation des aliments par le ralentissement de la maturation, de la germination, par rĂ©duction du nombre de microorganismes responsables de dĂ©tĂ©riorations ;
  • Ă©limination des insectes nuisibles dans les denrĂ©es stockĂ©es (cĂ©rĂ©ales, farines, fruits, poissons sĂ©chĂ©s) ;
  • assainissement bactĂ©rien par destruction de microorganismes pathogènes (volailles, Ĺ“ufs).

Les doses utilisées sont de l’ordre de 102 à 104 Gy.

Stérilisation

La radiostérilisation du matériel médico-chirurgical par rayonnement gamma (25 kGy) peut s’effectuer sur le matériel déjà placé dans son emballage définitif.

[modifier] Production d'électricité

Les centrales nuclĂ©aires ne constituent qu'un Ă©lĂ©ment de la production d'Ă©lectricitĂ©. Celle-ci comporte trois stades :

  • prĂ©paration des Ă©lĂ©ments combustibles ;
  • fonctionnement des centrales ;
  • traitement du combustible.
Préparation du combustible
Elle se fait en plusieurs Ă©tapes :
  • extraction du minerai d'uranium ;
  • concentration et raffinage ;
  • transformation afin d'obtenir des sels d'uranium (uranate, nitrate d'uranyle) ;
  • enrichissement en 235U par diffusion gazeuse après transformation en hexafluorure d'uranium (UF6) gazeux ;
  • fabrication des Ă©lĂ©ments combustibles.
Ces opérations se font en milieu contrôlé et n'entraînent normalement pas d'exposition pour les personnes, sauf accident. Pour les travailleurs, la phase la plus critique est l'extraction du minerai qui entraîne une exposition interne par inhalation de poussières et de 222Rn.
Fonctionnement des centrales nucléaires
  • Produits de fission : la fission nuclĂ©aire, vĂ©ritable explosion du noyau, donne naissance Ă  :
    • des fragments de fission (gĂ©nĂ©ralement 2) ;
    • des neutrons (2 ou 3) ;
    • de l'Ă©nergie (200 MeV en moyenne).
Les produits de fission sont pour la plupart radioactifs, émetteurs bêta ou gamma.
  • Produits d'activation : l'action des neutrons sur les matĂ©riaux de gainage du combustible, les impuretĂ©s des fluides de refroidissement et les divers Ă©lĂ©ments de structure donne naissance Ă  des produits d'activation radioactifs de nature et de pĂ©riode diverses. Un rĂ©acteur fonctionne en circuit fermĂ©, mais le fluide du circuit primaire est contaminĂ© par les produits d'activation et des produits de fission Ă©chappĂ©s des gaines mĂ©talliques contenant l'uranium et dont certaines peuvent devenir dĂ©fectueuses. Les purges, vidanges et opĂ©rations de maintenance produisent des effluents gazeux (gaz rares, iodes) et liquides qui sont dispersĂ©s dans l'environnement directement ou après traitement, mais de toute façon de manière strictement contrĂ´lĂ©e.
Traitement du combustible nucléaire usé
Environ chaque année, un tiers du combustible est retiré du cœur du réacteur et traité après une durée de décroissance de plusieurs années. Ce traitement est destiné à réduire le volume, récupérer des matières réutilisables (plutonium, uranium 235). Pour ce faire, les gaines sont cisaillées, le combustible dissout dans l'acide nitrique puis traité par différents solvants. Ces opérations libèrent une certaine quantité d'effluents gazeux et liquides.

[modifier] Conclusion

Pour conclure, il semble intéressant de présenter une vue synthétique des principales sources d'exposition de l'homme avec les équivalents de dose correspondants. Il ne faut pas perdre de vue qu'il s'agit de valeurs moyennes et que certains groupes d'individus (tels les travailleurs de l'énergie nucléaire et les populations habitant dans certaines régions) sont exposés à des équivalents de dose plus importants.

Inventaire général des engagements de dose (mSv/an) pour un individu moyen
Radioactivité Exposition interne Exposition totale
Radioactivité naturelle
0,94
1,64
Irradiation à des fins médicales
0,015
0,8
Essais nucléaires
0,02
0,04
Énergie d’origine nucléaire
0,015
0,02
Total
0,99
2,5

[modifier] Références

  1. ↑ J. de KervasdouĂ©, « Les prĂŞcheurs de l'apocalypse Â», p.98

[modifier] Voir aussi

[modifier] Articles connexes

  • RadioactivitĂ© | Radioisotope
  • Radioprotection
  • RadiotoxicitĂ©
  • PĂ©riode radioactive | PĂ©riode biologique
  • Interaction rayonnement-matière
  • Pollution radioactive
  • Échelles et effets de doses de radiation
  • Syndrome d'irradiation aiguĂ«
  • Rayonnement non-ionisant

[modifier] Bibliographie

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