Neutron : encyclopédie physique
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Représentation schématique de la composition en quarks d'un neutron, avec deux quarks d et un quark u. L'interaction forte est transmise par des gluons (représentés ici par un tracé sinusoïdal). La couleur des quarks fait référence aux trois types de charges de l'interaction forte : rouge, verte et bleue. Le choix de couleur effectué ici est arbitraire, la charge de couleur circulant à travers les trois quarks.
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| Propriétés générales | |
| Classification | Particule composite (baryon) |
| Composition | 1 quarks u 2 quarks d |
| Famille | Fermion |
| Groupe | Baryon (nucléon) |
| Interaction(s) | Forte, faible, gravitation |
| Symbole | n, n0 |
| Antiparticule | Antineutron |
| Propriétés physiques | |
| Masse | 939,565 MeV.c-2 (1,67494Ă10-27 kg) |
| Charge électrique | 0 C |
| Moment dipĂŽlaire | <2,9Ă10â26 e.cm |
| PolarisabilitĂ© Ă©lectrique | 1,16(15)Ă10â3 fm3 |
| Moment magnĂ©tique | â1,9130427(5) ÎŒN |
| PolarisabilitĂ© magnĂ©tique | 3,7(20)Ă10â4 fm3 |
| Charge de couleur | 0 |
| Spin | œ |
| Isospin | œ |
| Parité | +1 |
| Durée de vie | 885,7 ± 0,8 s |
| Historique | |
| Prédiction | Ernest Rutherford (1920) |
| Découverte | 1932 |
| Découvreur | James Chadwick |
Le neutron est une particule subatomique de charge électrique totale nulle.
Les neutrons sont présents dans le noyau des atomes, éventuellement liés avec des protons par l'interaction forte. Si le nombre de protons d'un noyau détermine son élément chimique, le nombre de neutrons détermine son isotope. Les neutrons liés dans un noyau atomique sont en général stables mais les neutrons libres sont instables : ils se désintÚgrent en un peu moins de 15 minutes. Les neutrons libres sont produit dans les opérations de fission et de fusion nucléaires.
Le neutron n'est pas une particule élémentaire, étant composé de trois autres particules : un quark up et deux quarks down.
Sommaire |
Le neutron est un fermion de spin œ. Il est composĂ© de trois quarks, ce qui en fait un baryon. Les deux quarks down et le quark up du neutron sont liĂ©s par l'interaction forte, transmise par des gluons.
La masse du neutron est Ă©gale Ă environ 1,0086655 u, soit Ă peu prĂšs 939,5653 MeV ou 1 675Ă10-27 kg[1]. Le neutron est 1,0014 plus massif que le proton. Sa charge Ă©lectrique est trĂšs exactement nulle, Ă©tant Ă©gale Ă la somme des charges Ă©lectriques de ses quarks : celle du quark up vaut 2/3e et celle de chaque quark down vaut -1/3e.
Tout comme le proton, le neutron est un nuclĂ©on et peut ĂȘtre liĂ© Ă d'autres nuclĂ©ons par la force nuclĂ©aire Ă l'intĂ©rieur d'un noyau atomique. Le nombre de protons d'un noyau (son numĂ©ro atomique, notĂ© Z) dĂ©termine les propriĂ©tĂ©s chimiques de l'atome et donc quel Ă©lĂ©ment chimique il reprĂ©sente ; le nombre de neutrons dĂ©termine en revanche l'isotope de cet Ă©lĂ©ment. Le nombre de masse (notĂ© A) est le nombre total de nuclĂ©ons du noyau.
Le modĂšle standard de la physique des particules prĂ©dit une lĂ©gĂšre sĂ©paration des charges positive et nĂ©gative Ă l'intĂ©rieur du neutron, conduisant Ă un moment dipolaire Ă©lectrique permanent[2]. La valeur prĂ©dite est cependant trop petite pour ĂȘtre mesurĂ©e avec les instruments actuels.
Le neutron possĂšde une antiparticule, l'antineutron.
Selon les contraintes du modÚle standard de la physique des particules, comme le neutron est composé de trois quarks, son seul mode de désintégration possible (sans modifier le nombre baryonique) suppose le changement de saveur d'un quark par l'intermédiaire de l'interaction faible. La désintégration d'un quark down, de charge -1/3, en un quark up, de charge +2/3, est réalisée par l'émission d'un boson W ; de cette façon, le neutron se désintÚgre en un proton (qui contient un quark down et deux quarks up), un électron et un antineutrino électronique.
Ă l'extĂ©rieur d'un noyau atomique, le neutron libre est instable et sa durĂ©e de vie moyenne est de 885,7 s (soit un peu moins de 15 minutes ; la demi-vie correspondante est de 613,9 s, soit un peu plus de 10 minutes)[1]. Il se dĂ©sintĂšgre suivant le processus dĂ©crit ci-dessus. Ce processus, nommĂ© dĂ©sintĂ©gration bĂȘta, peut Ă©galement transformer un neutron Ă l'intĂ©rieur d'un noyau atomique instable.
Ă l'intĂ©rieur d'un noyau atomique, un proton peut se transformer en neutron par un processus de dĂ©sintĂ©gration bĂȘta inverse. La transformation provoque Ă©galement l'Ă©mission d'un positron (un antiĂ©lectron) et d'un neutrino Ă©lectronique.
Dans un noyau atomique, l'instabilité du neutron est contre-balancée par celle qui serait acquise par le noyau dans son ensemble si un proton additionnel participait aux interactions répulsives des autres protons déjà présents. De cette façon, si les neutrons libres sont instables, les neutrons liés ne le sont pas forcément.
La radioactivitĂ© produit des neutrons libres. Ces neutrons peuvent ĂȘtre absorbĂ©s par les noyaux d'autres atomes qui peuvent alors devenir instables. Ils peuvent aussi provoquer une fission nuclĂ©aire par collision avec le noyau.
Le neutron Ă©tant globalement neutre, il ne produit pas directement d'ionisations en traversant la matiĂšre. En revanche, il peut avoir de nombreuses rĂ©actions avec les noyaux des atomes (capture radiative, diffusion inĂ©lastique, rĂ©actions produisant des particules alpha ou d'autres neutrons, fission du noyau,âŠ), produisant chacune des rayonnements ionisants. Ă ce titre, les neutrons sont considĂ©rĂ©s comme un rayonnement ionisant, soit un rayonnement qui produit des ionisations dans la matiĂšre qu'il traverse.
La dĂ©couverte du neutron a rĂ©sultĂ© de trois sĂ©ries dâexpĂ©riences, faites dans trois pays diffĂ©rents, lâune entraĂźnant lâautre. En ce sens elle est exemplaire de la recherche de la connaissance.
En 1930, en Allemagne, W. Bothe et H. Becker, spĂ©cialistes du rayonnement cosmique observent que des Ă©lĂ©ments lĂ©gers, bombardĂ©s par des particules alpha (α), Ă©mettent des rayons « ultra pĂ©nĂ©trants » quâils supposent ĂȘtre des rayons gamma beaucoup plus Ă©nergiques que ceux Ă©mis par des noyaux radioactifs ou accompagnant les transmutations nuclĂ©aires.
En 1931, en France, IrĂšne et FrĂ©dĂ©ric Joliot-Curie intriguĂ©s par ces rĂ©sultats cherchent Ă comprendre la nature de ce rayonnement et dĂ©couvrent quâil a la propriĂ©tĂ© de mettre en mouvement des noyaux atomiques et en particulier des protons⊠Ils supposent quâil sâagit lĂ dâun effet Compton entre des gamma dont ils estiment lâĂ©nergie Ă environ 50 MeV (une Ă©nergie trĂšs Ă©levĂ©e pour lâĂ©poque) et de lâhydrogĂšne.
En 1932, en Angleterre, aussitĂŽt ces rĂ©sultats parus, James Chadwick fait un test confirmant les rĂ©sultats et va plus loin et mesurant avec prĂ©cision lâĂ©nergie des noyaux projetĂ©s en utilisant la rĂ©action nuclĂ©aire 4He(α) + 9Be â 12C + 1n, il peut affirmer que le rayonnement « ultra pĂ©nĂ©trant » ne peut ĂȘtre un rayonnement gamma, dâĂ©nergie trĂšs Ă©levĂ©e, mais doit ĂȘtre composĂ© de particules de masse 1 et de charge Ă©lectrique 0 : câest le neutron.
Chacune des trois Ă©quipes avait travaillĂ© avec les appareils dont elle disposait, mais aussi avec ses connaissances et avait baignĂ© dans la tradition de son laboratoire. Il nâest pas Ă©tonnant que ce soit au laboratoire de Cambridge, dirigĂ© par Ernest Rutherford que le neutron ait Ă©tĂ© dĂ©couvert. Depuis 1920, Rutherford, en effet, avait Ă©mis lâhypothĂšse de lâexistence du neutron.
James Chadwick, fut lâassistant de Rutherford et lâun de ses plus brillants disciples. Ce fut le 3 juin 1920 quâil entendit Rutherford, dans le cercle des habituĂ©s des Bakerian Lectures de la Royal Society, formuler lâidĂ©e dâune sorte dâatome de masse 1 et de charge 0 qui nâĂ©tait pas lâhydrogĂšne : cet objet, nâĂ©tant pas sujet aux rĂ©pulsions Ă©lectriques que subissaient les protons et les particules alpha, devait pouvoir sâapprocher des noyaux et y pĂ©nĂ©trer facilement. Chadwick se souvint 12 ans plus tard de cette communication, quand il eut Ă interprĂ©ter les rĂ©sultats de ses expĂ©riences.
Plus tard, apprenant que le prix Nobel avait Ă©tĂ© dĂ©cernĂ© Ă Chadwick pour la dĂ©couverte du neutron, Rutherford dira, selon Emilio SegrĂš : « Pour le neutron, câest Chadwick tout seul. Les Joliot-Curie sont tellement brillants quâils le mĂ©riteront vite pour quelque chose dâautre ! »
Les rayons de neutrons sont utilisés pour la diffusion neutronique, processus permettant d'étudier de la matiÚre à l'état condensé. Ce rayonnement pénétrant permet de voir les intérieurs des corps, comme des métaux, des minerais, des fluides et permet d'examiner leur structures à l'échelle atomique par diffraction. La spectroscopie neutronique permet d'étudier d'une maniÚre unique les excitations des corps, comme les phonons et les vibrations atomiques. Un autre avantage des neutrons réside dans leur sensibilité magnétique. Dans ces utilisations, le rayonnement neutronique est complémentaire des rayons X.
Les sources de neutrons à haut flux sont soit des réacteurs nucléaires dédiés à la production de ce rayonnement, soit des sources de spallation, grands accélérateurs de protons qui envoient un faisceau de protons accélérés sur une cible évaporant des neutrons. Typiquement, les sources de neutrons rassemblent un parc d'instrumentation formant de grands centres d'utilisateurs nationaux ou internationaux.
Australie :
Europe :
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