Liaison chimique : encyclopédie physique
Cet article est issu de l'encyclopédie libre Wikipedia.La liaison chimique est le phĂ©nomĂšne physique qui lie les atomes entre eux en Ă©changeant ou partageant un ou plusieurs Ă©lectrons ou par des forces Ă©lectrostatiques. Des liaisons fortes existent dans les molĂ©cules, les cristaux ou dans les solides mĂ©talliques et elles organisent les atomes en structures organisĂ©es. Les liaisons plus faibles sont expliquĂ©es, en gĂ©nĂ©ral, par des polaritĂ©s entre des molĂ©cules. Des polaritĂ©s induites peuvent aussi provoquer des interactions trĂšs faibles comme les forces de London qui font partie des forces de van der Waals De telles forces permettent la liquĂ©faction ou la solidification de gaz tel que l'hĂ©lium ou l'argon.
D'une maniĂšre simplifiĂ©e dans une liaison covalente, un Ă©lectron ou une paire d'Ă©lectrons peuvent ĂȘtre situĂ©s dans l'espace se trouvant entre deux noyaux atomiques, parce que dans cette rĂ©gion les Ă©lectrons nĂ©gatifs sont soumis Ă la charge positive de chaque noyau au lieu de la charge seulement de l'un d'eux. En mĂȘme temps, les Ă©lectrons prĂ©sents entre les noyaux empĂȘchent la rĂ©pulsion entre ceux-ci et font que ces noyaux soient attirĂ©s vers les Ă©lectrons qui sont plus proches et ainsi vers l'autre atome au lieu d'ĂȘtre repoussĂ© par celui-ci. Cette situation tend Ă maintenir le noyau et les Ă©lectrons dans une configuration relativement fixe bien qu'ils soient libres de se mouvoir en accord avec les contraintes de la mĂ©canique quantique. De la mĂȘme maniĂšre, en simplifiant, dans une liaison ionique, un ou plusieurs Ă©lectrons sont simplement transfĂ©rĂ©s d'un atome Ă l'autre faisant qu'un des atomes devienne un ion positif et l'autre d'un ion nĂ©gatif. La liaison est donc due Ă une attraction Ă©lectrostatique entre les atomes. Cette description est trĂšs simplifiĂ©e. La raison pour laquelle un atome transfĂšre un Ă©lectron vers un autre est un sujet compliquĂ© qui implique la thĂ©orie des quanta.
En thĂ©orie, toute liaison peut ĂȘtre expliquĂ©e par la thĂ©orie des quanta mais, en pratique, les liaisons chimiques sont divisĂ©es en plusieurs catĂ©gories comme les deux citĂ©es plus haut. Des simplifications de la thĂ©orie des quanta ont Ă©tĂ© formulĂ©es pour dĂ©crire et prĂ©dire les liaisons et leurs propriĂ©tĂ©s. Parmi ces thĂ©ories, nous avons, la RĂšgle de l'octet, la thĂ©orie des liaisons de valence, la thĂ©orie de l'hybridation des orbitales, la thĂ©orie VSEPR, la thĂ©orie de champs de ligands et la mĂ©thode LCAO. Des thĂ©ories Ă©lectrostatiques et d'autres thĂ©ories physiques sont utilisĂ©es pour dĂ©crire les polaritĂ©s des liaisons et leurs effets sur les substances chimiques. Les liaisons chimiques rĂ©elles ne sont pas exactement dĂ©crites par ces thĂ©ories Ă cause du principe d'incertitude. Cependant, dans leur ensemble, elles constituent un outil puissant qui peut ĂȘtre appliquĂ© dans presque toute la chimie. En mĂ©canique quantique, en termes simplifiĂ©s, les Ă©lectrons sont localisĂ©s sur une orbitale atomique mais, dans une liaison chimique, ils forment une orbitale molĂ©culaire.
L'orbitale peut ĂȘtre :
De plus, les orbitales moléculaires sont classées en fonction du type d'orbitales atomiques hybridées pour former la liaison. Ces orbitales atomiques sont dues aux interactions electron-noyau causées par des forces électromagnétiques. Des substances chimiques formeront un lien si leurs orbitales abaisseront leur énergie lorsqu'elles interagiront l'une avec l'autre. Il y a différentes liaisons chimiques en fonction de la forme du nuage électronique et de leurs niveaux d'énergie.
Les premiÚres pensées sur la nature de la liaison chimique depuis le début du XIIe siÚcle supposaient que certains types d'espÚces chimiques étaient liés par certains types d'affinité chimique.
Au milieu du XIXe siÚcle, Edward Frankland, F.A. Kekule, A.S. Couper, A.M. Boutlerov et Hermann Kolbe, construisant la théorie des radicaux, développÚrent la théorie des valences, appelée au départ de "pouvoir de combiner" dans laquelle les composés étaient liés grùce à l'attraction de pÎles positif et négatif.
En 1916, le chimiste Gilbert Lewis développa l'idée de la liaison par paire d'électrons. Walter Heitler et Fritz London sont les auteurs de la premiÚre explication par la mécanique quantique de la liaison chimique, spécialement celle de l'hydrogÚne moléculaire, en 1927, utilisant la théorie de liaisons de valence. En 1930, la premiÚre description mathématique quantique de la liaison chimique simple fut développée dans la thÚse de doctorat de Edward Teller.
In 1931, le chimiste Linus Pauling publia ce qui est parfois considĂ©rĂ© comme le texte le plus important de l'histoire de la chimie : âOn the Nature of the Chemical Bondâ.
Dans ce papier basé sur les travaux de Lewis, Heitler et London, et sur son propre travail, il présente six rÚgles pour la liaison avec électron partagé ; les trois premiÚres étaient généralement connues :
Ses trois autres rÚgles étaient nouvelles :
Le premier calcul d'une liaison chimique, fondateur de la Chimie quantique est celui de la molécule la plus simple, celle de l'hydrogÚne par Bohr en 1913[1]. C'est sans doute le seul calcul de liaison chimique accessible à un non-spécialiste.
Il consiste Ă appliquer le modĂšle de Bohr de l'atome Ă une molĂ©cule. On fait l'hypothĂšse que les Ă©lectrons ont un mouvement circulaire de rayon r0 autour de l'axe des protons p+p+, supposĂ©s immobiles et distants de R. La distance Ă©lectron-proton e-p+ est r1. En utilisant la formule du modĂšle de Bohr de l'atome pour lâĂ©tat fondamental :
oĂč p=mv est la quantitĂ© de mouvement et la constante de Planck rĂ©duite, l'Ă©nergie cinĂ©tique des Ă©lectrons s'Ă©crit :
Le potentiel V est attractif entre électrons et protons et se compose des quatre liaisons électron-proton. Il y a répulsion entre les électrons distants de 2r0 et les protons distants de R. L'énergie potentielle s'écrit:
L'energie totale est:
Dans un atome dâhydrogĂšne, lâĂ©galitĂ© entre la force Ă©lectrostatique et la force centrifuge peut sâĂ©crire :
oĂč est la constante de Rydberg,
Ă
le rayon de Bohr de l'atome d'hydrogÚne et Δ0 la constante diélectrique.
En y retranchant lâĂ©nergie de liaison â 2RH de deux atomes dâhydrogĂšne isolĂ©s, lâĂ©nergie totale de la molĂ©cule devient :
oĂč x = r1 / a0 et y = R / a0.
Cette Ă©quation se rĂ©sout graphiquement en faisant varier x de telle façon que l'Ă©nergie du minimum soit minimale. On obtient ainsi x = 1,15 et y = 2,7 ce qui donne les valeurs trouvĂ©es par Bohr en 1913 de 2,7 eV pour lâĂ©nergie de liaison et de 0,6 Ă pour l'Ă©cartement des protons. La prĂ©cision du calcul est certes mĂ©diocre puisque les valeurs expĂ©rimentales sont, respectivement de 4,5 eV et de 0,74 Ă . On trouvera des mĂ©thodes plus perfectionnĂ©es basĂ©es sur les orbitales molĂ©culaires.
| longueur de liaisons en pm et Ă©nergies de liaison en kJ/mol. La longueur des liaisons peut ĂȘtre convertie en Ă en divisant par 100 (1 Ă = 100 pm). Source [2]. |
||
| Liaison | Longueur (pm) |
Energie (kJ/mol) |
|---|---|---|
| H â HydrogĂšne | ||
| HâH | 74 | 436 |
| HâC | 109 | 413 |
| HâN | 101 | 391 |
| HâO | 96 | 366 |
| HâF | 92 | 568 |
| HâCl | 127 | 432 |
| HâBr | 141 | 366 |
| C â Carbone | ||
| CâH | 109 | 413 |
| CâC | 154 | 348 |
| C=C | 134 | 614 |
| CâĄC | 120 | 839 |
| CâN | 147 | 308 |
| CâO | 143 | 360 |
| CâF | 135 | 488 |
| CâCl | 177 | 330 |
| CâBr | 194 | 288 |
| CâI | 214 | 216 |
| CâS | 182 | 272 |
| N â Azote | ||
| NâH | 101 | 391 |
| NâC | 147 | 308 |
| NâN | 145 | 170 |
| NâĄN | 110 | 945 |
| O â OxygĂšne | ||
| OâH | 96 | 366 |
| OâC | 143 | 360 |
| OâO | 148 | 145 |
| O=O | 121 | 498 |
| F, Cl, Br, I â HalogĂšnes | ||
| FâH | 92 | 568 |
| FâF | 142 | 158 |
| FâC | 135 | 488 |
| ClâH | 127 | 432 |
| ClâC | 177 | 330 |
| ClâCl | 199 | 243 |
| BrâH | 141 | 366 |
| BrâC | 194 | 288 |
| BrâBr | 228 | 193 |
| IâH | 161 | 298 |
| IâC | 214 | 216 |
| IâI | 267 | 151 |
| S â Soufre | ||
| CâS | 182 | 272 |
Comme les atomes, les molécules et leurs orbitales sont tridimensionnels, il est difficile d'utiliser des techniques simples pour les représenter. Dans les formules moléculaires, la liaison chimique (orbitale liante) entre deux atomes est indiquée de différentes maniÚres selon les nécessités.
Parfois, elle est totalement ignorĂ©e. Par exemple, en chimie organique, les chimistes sont parfois intĂ©ressĂ©s par le groupe fonctionnel de la molĂ©cule. Ainsi, selon la nĂ©cessitĂ©, la formule molĂ©culaire de l'Ă©thanol peut ĂȘtre Ă©crite sur le papier
Parfois, mĂȘme le nuage d'Ă©lectrons non-liant est indiquĂ©. (avec les directions en 2 dimensions approximative. Par exemple le carbone Ă©lĂ©mentaire:: .'C.' Certains chimistes indiquent aussi les orbitales ; par exemple, l'hypothĂ©tique anion ethene-4 (\/C=C/\ -4) indiquant la possibilitĂ© de formation de liaison.
Ces liaisons chimiques sont des forces intramolĂ©culaires qui maintiennent les atomes ensemble dans les molĂ©cules et les solides. Ces liaisons peuvent ĂȘtre simples, doubles ou triples c'est-Ă -dire que le nombre d'Ă©lectrons participants ( ou contenus dans l'orbitale de liaison) est de deux, quatre ou six. Un nombre pair d'Ă©lectrons est habituel parce que les Ă©lectrons appariĂ©s ont une Ă©nergie infĂ©rieure. En fait, des thĂ©ories plus avancĂ©es sur les liaisons montrent que les liens ne sont pas toujours provoquĂ©s par un nombre entier d'Ă©lectrons et, ce, dĂ©pendant de la distribution de ceux-ci dans chaque atome concernĂ© dans la liaison. Par exemple, les carbones dans le benzĂšne sont liĂ©s l'un Ă l'autre par environ 1,5 liaisons et les deux atomes dans l'oxyde nitrique NO sont connectĂ©s par environ 2,5 liaisons. Des liaisons quadruples ne sont pas impossibles mais sont trĂšs rares.
Le type de liaison dépend de la différence d'électronégativité et de la distribution des orbitales possibles dans les atomes liés. Plus l'électronégativité est importante, plus l'électron est attiré par un atome particulier et plus la liaison a un caractÚre ionique. Si l'électronégativité est faible, la liaison est covalente.
La liaison covalente est le type commun de liaison oĂč la diffĂ©rence d'Ă©lectronĂ©gativitĂ© entre les atomes liĂ©s est petite ou nulle. Dans ce dernier cas, on parle parfois de liaison purement covalente. Voir les articles Liaison Ï et Liaison Ï pour l'explication CLOA habituelle des liaisons non-polaires.
La liaison covalente polaire est par nature un type intermédiaire de liaison entre la liaison covalente et la liaison ionique. Dans des théories plus avancées, on considÚre que toutes les liaisons sont de ce type.
La liaison ionique est un type d'interaction électrostatique entre atomes dont la différence d'électronégativité est supérieure à 1,7 ( cette limite est conventionnelle). Avec une telle différence d'électronégativité, le transfert électronique est considéré comme total, l'atome le plus électronégatif devient un anion et le plus électropositif un cation. Il existe des ions polyatomiques qui portent une charge électrique et contiennent par ailleurs des liaisons covalentes entre les atomes les constituant. Les charges ioniques, en général, ont des valeurs entre -4e et +7e.
La liaison covalente coordinative est une liaison spéciale dans laquelle les électrons de liaison proviennent d'un seul des atomes, mais sont approximativement partagés également par les deux dans une orbitale. Cette configuration est différente d'une liaison ionique avec faible différence d'électronégativité.
Un type diffĂ©rent de liaisons entre deux ou plus d'atomes apparaissent dans les ions. La liaison est situĂ©e au cĆur des trois (ou plus) atomes.
Souvent les orbitales ont une forme et une densitĂ© complexes et trĂšs souvent la position des Ă©lectrons ne peut pas ĂȘtre rĂ©duite Ă de simples traits (localisation de deux Ă©lectrons) ou des points (localisation d'un Ă©lectron). C'est le cas lorsque le composĂ© obĂ©it Ă la rĂšgle de HĂŒckel (rĂšgle des 4n + 2). Dans le benzĂšne, le composĂ© aromatique exemple, 18 Ă©lectrons de liaison relient 6 carbones pour former un anneau plane. L'ordre de liaison (moyenne du nombre de liaisons) entre les diffĂ©rents carbones peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme (18/6)/2=1.5 mais dans ce cas toutes les liaisons sont identiques du point de vue chimique. Elles peuvent parfois ĂȘtre comme de simples liaisons alternant avec des doubles liaisons, mais il est plus correct de dire que toutes les liaisons sont Ă©quivalentes de valeur. Dans le cas de composĂ© aromatique hĂ©tĂ©rocyclique et de benzĂšne substituĂ©, les diffĂ©rences d'Ă©lectronĂ©gativitĂ© des parties de l'anneau influencent le comportement chimique qui sinon serait Ă©quivalent.
Une liaison métallique n'existe que dans un solide ( ou à l'état liquide) tout comme la liaison ionique. Dans la liaison métallique, les électrons sont mobiles dans tout un réseau alors que dans une liaison ionique, les charges sont presque statiques.
La liaison hydrogÚne (HB) ou pont hydrogÚne est une liaison de faible intensité qui relie les molécules. Elle implique un atome d'hydrogÚne et un atome assez électronégatif (comme l'oxygÚne par exemple).
La liaison halogÚne (XB) est une liaison de faible intensité qui peut se former entre un atome d'halogÚne déficient en densité électronique (acide de Lewis)(I > Br > Cl > F)et un autre atome riche en électron (O = N > S) (base de Lewis). On trouve un grand nombre d'exemples de liaisons halogÚnes dans les systÚmes biologiques. Par exemple, l'interaction entre la thyroxine et son récepteur est du type liaison halogÚne.
La liaison de van der Waals est une interaction de faible intensité entre atomes, molécules, ou une molécule et un cristal. Elle est due aux interactions entre les moments dipolaires électriques des deux atomes mis en jeu. Aucun électron n'est mis en commun entre les deux atomes.
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